POST-COVID-19: UNE EXTRACTION DIGITALE PERVERSE

Liviu Poenaru

Avant le coronavirus, nous étions inquiets pour les temps d’écran des enfants et des adultes, exposant à divers troubles ou accentuant ceux préexistants: hyperactivité, troubles de la concentration, addiction, risques suicidaires en lien avec la contagion médiatique, etc. Que se passera-t-il maintenant que nos maisons se sont transformées en salles de classe, de consultation médicale, de yoga, de télétravail, de shopping, de guerre, le tout hautement numérisé? La surveillance globale, l’extraction de données et l’incessant digital labor exposent-ils les populations à davantage de manipulations, d’infra-traumatismes et de compulsions de répétition visant à récupérer un plaisir toujours plus inatteignable? Serons-nous tous inhibés dans notre agentivité (politique) au profit de clics qui confirment les prédictions et les puissances économiques?

La paradoxalité des effets du numérique, oscillant entre créativité et destructivité (mentale et physique), commençait tout juste à être connue et explorée par les chercheurs et les penseurs du début du 21e siècle. C’est au coeur de ce paradoxe que s’est infiltré le Covid-19, parasite idéal de la guerre digitalo-économique.

J. Twenge, professeure de psychologie à San Diego, nous rappelait dans son livre iGen (2017), que les pré-adolescentes des Etats-Unis se suicidaient trois fois plus en 2015 comparé à 2007. Twenge reliait tout cela à l’usage des smartphones. Dans ce climat de toute évidence pathogène, nous parlions de plus en plus d’une nécessaire déconnexion, comme d’une nécessaire décroissance, afin de tenir le coup face à l’addiction ordinaire et à l’ubiquité ambiante, synonymes de consommation et de pollutions en tous genres.

Et voilà que cette menace-là est soudainement occultée et surexploitée par la survie en temps de guerre. L’arme digitale est imposée par le contrôle d’une contamination globale. Le paradoxe devient norme d’une guerre économique, bien que potentiellement vecteur de troubles mentaux. La conservation de notre espèce est dorénavant assujettie à notre contribution au big data. Notre régulation socio-économique devient donc indissociable d’une éventuelle dérégulation psychologique orchestrée par des milliers d’ingénieurs du capitalisme limbique ciblant, par des techniques perverses, les voies cérébrales responsables de nos émotions, notre mémoire et nos comportements.

Notre immunisation contre des éléments pathogènes suppose ainsi l’obéissance à des vecteurs de maladie - la sur-utilisation d’internet - ordonnée par la surveillance totale du capitalisme et ses prédictions. Mettre à disposition des GAFAM+ nos profils, notre intimité, nos choix, nos orientations (sexuelles, religieuses, politiques), nos prédispositions, nos messages, nos échanges audio-visuels, notre travail, c’est se livrer à la logique perverse d’une intelligence artificielle qui risque de décider ce qui est dangereux ou non pour notre futur.

Dans ce contexte, il est urgent de penser aux effets secondaires de la crise dite “sanitaire” qui concerne, au-delà du nombre de morts du Covid-19, la santé mentale des individus et l’avenir de nos démocraties.

 

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