WHO

DECIDES

WHO'S

THE 

ROULETTE

WHEEL

AND 

WHO'S

THE 

GAMBLER?

DIGITAL TSUNAMI

En 2004 nous avons mesuré que la durée moyenne de concentration des gens par activité était de 3’; en 2012 nous avons trouvé que la durée moyenne d’attention sur les écrans d’ordinateur n’était plus que de 1’15’’; leur centre d’attention changeait plus souvent. J’ai également mené une vaste étude auprès d’étudiants de la génération de l’an 2000, ceux qui sont nés et ont grandi avec internet, les outils numériques, les smartphones et leur durée d’attention sur les écrans d’ordinateur est encore plus courte: elle n’est plus que de 45’’.

Pr Gloria Mark (auteure de Multitasking in the Digital Age, 2015)

 

La surcharge mentale et de stress induite par les technologies de l'information et de la communication (TIC) représente un coût social encore méconnu, bien que pressenti par nous tous. Le cerveau adulte semble ne pas pouvoir traiter le flux croissant auquel il est exposé. La sonnette d'alarme a été tirée notamment pour ce qui concerne l'usage des TIC par les enfants (voir p.ex. le rapport L'enfant et les écrans de l'Académie des sciences). Les politiques de santé sont encore silencieuses quant aux effets dévastateurs du numérique chez l'adulte; des mesures de décryptage, de prévention et d'intervention doivent être mises en place. Nous disposons néanmoins d'une série de données et pistes qui confirment l'hypothèse concernant l'augmentation des effets indésirables dus aux TIC et qui justifient l'anxiété croissante des populations.

Pr Jean Twenge (auteure de iGen, 2017) étudie une enquête longitudinale en cours depuis plusieurs décennies aux USA; elle découvre une multiplication par trois du risque suicidaire chez les jeunes filles âgées de 12 à 14 et une explosion des symptômes dépressifs chez les adolescents. L'utilisation des smartphones serait le principal responsable de cette évolution.

Selon Thierry Venin (chercheur associé et auteur de Un monde meilleur? Survivre dans la société numérique, 2015), la gestion des mails au travail représente le principal facteur de stress et de risque de burn-out.

Maryanne Wolf (neurocognitiviste, auteur de Reader come home. The reading brain in the digital world, 2018), souligne à son tour que la lecture sur un écran produit une mauvaise inscription de la narration et de sa chronologie, ainsi qu'une perte de détails de l'histoire. Pour Wolf, ce type de traitement de l'information ne bénéficie pas du temps nécessaire pour mobiliser un nombre suffisant de potentialités neuronales et nuit par conséquent au développement de la distance et de l'esprit critiques.

Le documentaire Hyperconnectés: le cerveau en surcharge (Laurence Serfaty, production Arte France 2016) met intelligemment en garde contre les effets néfastes de l'addiction ordinaire aux smartphones et ordinateurs pour notre cerveau. Alliant témoignages de cadres victimes de burn-out et explications de chercheurs en neurosciences, en informatique ou en sciences de l’information et de la communication, ce documentaire captivant passe en revue les dangers de cette surcharge sur le cerveau. Il explore aussi des solutions pour s'en prémunir, des méthodes de filtrage de l’information aux innovations censées adapter la technologie à nos besoins et à nos limites.

Pour ce qui concerne les enfants, Un rapport français de l’Académie des sciences, intitulé L’enfant et les écransréalisé sous la direction de Jean-François Bach, Olivier Houdé, Pierre Lena et Serge Tisseron, révèle les effets positifs, en termes d’apprentissages, de l’irruption de l’informatique dans le grand public et a comme objectif de mettre en garde contre les conséquences du mauvais usage des écrans parmi les plus jeunes. Le rapport a occasionné la publication, en 2013, d’un module éducatif3à l’usage de divers intervenants. «La construction des fonctions cérébrales dépend, souligne le rapport, de la nature et des caractères des sollicitations extérieures sensorielles, affectives, culturelles… Dans ce contexte, il est essentiel de s’interroger sur les incidences négatives, mais aussi positives, de l’exposition des enfants aux écrans numériques et d’en comprendre les enjeux » (p. 7). En termes de recommandations sur la base d’études scientifiques, le même rapport met en avant, par exemple, qu’avant deux ans, les écrans non interactifs (TV et DVD) n’ont aucun effet positif et peuvent produire une prise de poids, un retard de langage, des déficits de concentration et d’attention, et le risque d’adopter une attitude passive face au monde. De plus, l’enfant de moins de deux ans a besoin de mettre d’abord en place des repères spatiaux et temporels articulés sur le réel et non sur le virtuel. En ce qui concerne l’enfant de moins de trois ans, l’exposition à des publicités peut brouiller ses repères et induire une attitude tyrannique vis-à-vis de ses parents. A partir de trois-quatre ans, une console de jeu peut conduire à des comportements stéréotypés et compulsifs ainsi qu’à une fuite du monde réel pour se réfugier dans le monde des écrans. Entre six et douze ans, l’usage excessif des écrans, sans une bonne autorégulation, conduit à un manque d’activités physiques et sociales, de sommeil, ainsi qu’à des risques accrus de troubles ultérieurs de la vision. Chez l’adolescent, outre la mise en place de capacités hypothético-déductives, «un usage trop exclusif d’Internet peut créer une pensée „zapping“ trop rapide, superficielle et excessivement fluide, appauvrissant la mémoire, les capacités de synthèse personnelle et d’intériorité» (p. 12).

De plus, selon le rapport LEAN ICT Pour une sobriété numérique, la consommation en énergie du numérique augmente de 10% par an, ce qui signifie qu'en 2025 l'équivalent en pollution sera semblable à celui de l'ensemble des automobiles.

Plus d'informations sur la page DP (Digital Propaganda) de ce site.

Liviu Poenaru