Contre Facebook, la propagande

Arthur De Grave

Les réseaux sociaux sont notre cordyceps à nous. Ce sont des parasites de nos instincts sociaux les plus profonds.

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Si les discours politiques d’aujourd’hui ne veulent rien dire, s’ils sont, au sens propre, in-signifiants, c’est peut-être tout simplement parce qu’ils n’ont plus besoin de signifier quoi que ce soit. Car les suites de lettres qui les composent ne visent plus à produire du sens : elles forment des chapelets de mots-clés conçus comme autant de stimuli qui, par le truchement de dispositifs algorithmiques sophistiqués, déclencheront une réaction prévisible au sein de cohortes de population rigoureusement ciblées et cartographiées. Ce qui explique sans doute l’essor fulgurant des sciences cognitives ces dernières années, contemporain de la démocratisation des usages d’Internet.

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La propagande algorithmique ne s’adresse plus à des êtres pensants, mais plutôt à des cerveaux biologiques, envisagés comme des ordinateurs. Et puisque l’acte de signifier possède une dimension foncièrement sociale – c’est le langage qui manifeste mon caractère d’animal politique, il est absurde de penser qu’une proposition puisse avoir du sens pour moi et pour moi seul.

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La propagande algorithmique – et le régime politique qui saura correctement s’en emparer – fonctionne d’une façon différente, très différente, au point qu’on se demande bien quelle échappatoire elle laissera dans une société totalement numérisée. Déjà, parce que les règles de fonctionnement de mécanismes de régulation des rapports sociaux qui la définissent sont dissimulées. Seuls les programmeurs connaissent les modalités d’interaction entre le front end – qui nous est donné à voir – et le back end qui constitue la vérité du dispositif technologique.

Mais surtout parce que la propagande algorithmique ne cherche pas à nous convaincre de quoi que ce soit, comme je l’ai répété à plusieurs reprises tout au long de ces quelques pages. Sa puissance découle de ce qu’elle nous piège, chacun, dans des intermondes personnalisés, où nous serions seuls avec nous-mêmes, macérant dans le bain de nos instincts, de nos pulsions, de nos opinions et de nos biais cognitifs bien à nous. De ce qu’elle nous enferme dans un univers où nous nous sentirions comme un dieu en miniature, pour un résultat autrement plus efficace que celui que pouvait espérer atteindre la propagande d’autrefois : dans ce monde taillé sur mesure, au sein duquel il n’existe pas de jeu entre moi et les choses, et dont il semble qu’il n’existe rien en dehors, nous agirons systématiquement comme il est attendu de nous.


Via: https://www.stroika.paris/propaganda/contre-facebook-la-propagande?fbclid=IwAR0akNVJ7ooZ4oGAy0xjG3XxlySZkmRwVgcJSENn817iF7zAT3jLs2d3u3Q

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